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S’entraîner différemment pour faire face au syndrome des loges ?

GP d'Espagne 2021 - © Aprilia Racing

Suite aux mésaventures de Fabio Quartararo pendant le GP d’Espagne alors qu’il filait vers la victoire, le sujet du syndrome des loges est revenu, une fois de plus, sur la table des discussions dans l’univers du MotoGP. Et s’il y avait d’autres solutions pour régler ou contourner le problème au lieu de l’opération ?

Le syndrome des loges (on parle d’arm pump en anglais) est un phénomène douloureux qui peut être ressenti par les pilotes essentiellement en course ou lors des longues sessions de pilotage car leurs bras sont exposés à des efforts conséquents et des pressions importantes, notamment dans les phases de freinage.

Que se passe-t-il ? L’avant-bras, la main et la jambe comportent des loges. Ce sont les « contenants » des muscles : ces compartiments musculaires sont fermés par une membrane fibreuse inextensible qu’on appelle l’aponévrose. Le syndrome des loges est une douleur qui peut survenir à l’effort lorsqu’il y a une augmentation anormale de la pression intramusculaire : le muscle trop sollicité se retrouve donc « à l’étroit » dans sa loge, il y a une compression des vaisseaux sanguins et des nerfs qui traversent le muscle et le pilote ressent de vives douleurs.

Trois pilotes de MotoGP ont déjà été opérés du syndrome des loges cette année : Jack Miller et Iker Lecuona après les deux Grand Prix au Qatar, et Fabio Quartararo après le Grand Prix d’Espagne. Un quatrième pilote pourrait passer sur la table d’opération pour le même problème : Aleix Espargaro pourrait subir une intervention suite aux douleurs de syndrome des loges ressenties dans la dernière partie du GP d’Espagne.

L’opération est-elle la seule solution pour régler le problème ? Aleix Espargaro est ouvert à l’intervention chirurgicale mais voudrait également creuser d’autres pistes, comme de nouvelles méthodes d’entraînement. L’ancien pilote Jean-Michel s’est exprimé sur le sujet et s’est montré plus formel : l’opération n’est pas une véritable solution et il faut régler le problème via la préparation physique et l’entraînement.

Les hésitations d’Aleix Espargaro

© MotoGP

Dans sa conférence de presse post-course à Jerez, Aleix Espargaro a indiqué qu’il n’avait plus assez de force dans le bras droit pour bien freiner fort et qu’il perdait donc du temps sur les zones de freinage. Le pilote Aprilia a eu des mots forts pour expliquer que d’après lui, le problème ne vient pas spécifiquement du circuit mais d’une tendance plus générale en MotoGP :

« Je ne pense pas que le problème soit Jerez. Je pense que les MotoGP sont de plus en plus rapides. Il y a plus de force d’appui, plus d’aérodynamique et plus de puissance. Nous ne sommes pas des machines comme les motos. Nous sommes humains. »

Aleix Espargaro s’est montré plutôt perplexe face au phénomène de syndrome des loges :

« Je ne sais donc pas comment nous pouvons nous améliorer. J’aime m’entraîner. J’aime essayer des choses différentes et nouvelles pour être plus en forme, mais je ne sais pas ce que nous pouvons faire pour entraîner cela. J’ai été opéré il y a plus de dix ans, mais j’ai discuté avec le médecin et je dois peut-être me faire opérer à nouveau parce qu’il se peut qu’il y ait à nouveau un blocage musculaire. »

© Aprilia Racing

Cela dit, l’Espagnol a confirmé sa volonté de vouloir creuser de nouvelles pistes face au problème de syndrome des loges, notamment au niveau de son entraînement ou de la moto :

« Je suis curieux de voir si je peux m’entraîner d’une manière différente, si on peut changer un peu ma position sur la moto ou la géométrie de la machine pour gagner quelque chose. Je ne sais pas. Je suis curieux parce que cela fait près de dix ans que je suis dans la catégorie MotoGP et je n’ai jamais eu ce problème. Donc, c’est quelque chose de nouveau. Nous devons essayer de comprendre. Je suis un peu inquiet, pas pour Le Mans, mais pour le Mugello. Le Mugello est, je pense, le pire circuit du calendrier et j’ai beaucoup souffert dans la dernière partie du GP lors de la dernière course sur ce circuit. Je n’étais pas le seul. On verra si je peux arranger les choses d’ici-là. »

… et le point de vue formel de Jean-Michel Bayle

Jean-Michel Bayle est une véritable légende du motocross et du supercross, et qui a également tâté du bitume en Grand Prix pendant plusieurs années. Il s’est exprimé sur sa page Facebook cette semaine en livrant une analyse détaillée sur le sujet du syndrome des loges.

Pour « JMB 111 », la progression des machines de MotoGP met les pilotes de vitesse face à de nouveaux problèmes physiques que les pilotes de motocross et de supercross connaissent déjà et face auxquels ils s’adaptent :

« Il y a deux ans, quand j’étais allé donner un coup de main à Johann Zarco, j’ai pu constater ce que je pensais depuis un petit moment : les machines de MotoGP progressent et vont de plus en plus vite (plus de puissance, plus de grip des pneus, anti-patinage, plus de frein), et donc forcement les contraintes physiques sur les pilotes augmentent, c’est juste logique.
Ce n’est pas étonnant de voir arriver de plus en plus de problèmes physiques sur les pilotes (mal de bras, fatigue, essoufflement) et j’ai un peu l’impression qu’ils découvrent tout ça depuis peu, venant – en plus – souvent de la catégorie Moto2, avec des motos beaucoup moins physiques que les MotoGP.
Je viens du motocross et du supercross et je peux vous dire que le mal de bras, je connais. Le pilote de cross est confronté à ce problème dès son plus jeune âge : dès qu’il essaye d’aller vite sur une longue distance, il est sujet au mal de bras.
Bien sûr, certain pilotes ont plus de soucis que d’autres et il peut y avoir beaucoup de raisons à cela […]. Dans le motocross et le supercross, on apprend à vivre avec et surtout a gérer son effort car, si on insiste trop, le syndrome des loges arrive et après, c’est incontrôlable.
»

D’après Jean-Michel Bayle, l’opération n’est pas une vraie solution pour résoudre le problème de syndrome des loges. Si Aleix Espargaro compte se pencher notamment du côté de l’entraînement pour résoudre l’apparition du phénomène, Jean-Michel Bayle est formel : pour faire face au syndrome des loges, il faut améliorer sa condition physique, avoir une autre approche d’entraînement et pourquoi faire évoluer ses stratégies de course si on est sujet aux douleurs. Voici les mots de l’ancien pilote :

« L’opération du syndrome des loges n’est jamais la solution idéale : généralement, le problème revient car la cause qui a provoquée le problème est toujours là. L’opération peut permettre de reprendre l’activités intense rapidement mais il faut absolument travailler ce qui provoque le mal de bras.
Si on améliore sa condition physique et ses capacités cardiovasculaires, le corps est capable d’emmener plus d’oxygène dans les muscles et donc les bras.
Quand on a une meilleure condition physique et de meilleures capacités cardiovasculaires, le coeur bat à un rythme moins élevé pour le même effort, cela nous donne une marge en cas de coup de stress durant la course ou pour une demande temporaire nécessitant d‘apporter plus d’oxygène dans les muscles.
On peut aussi, grâce a l’entraînement, constituer un muscle plus endurant et moins explosif : les fibres des muscles se travaillent et se spécialisent selon le type d’effort demandé à l’entraînement, avec des fibres à contraction lente et rapide.
Enfin, il est possible également de travailler sa stratégie en connaissant ses points faibles […]
. »

Pour la version complète de l’analyse, dans laquelle Jean-Michel Bayle partage notamment son point de vue sur Fabio Quartararo et sa situation au GP d’Espagne, rendez-vous sur la page Facebook de Jean-Michel Bayle.


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Rédigé par Nicolas Bassand

Plus de 15 ans à moto sur la route et (bien) plus de 15 tours en tête... à tête avec sa R1 sur circuit. A part ça, Nicolas s'occupe des réseaux sociaux du magazine Sport-Bikes depuis 2018. Ses passions inaltérables pour la moto et l'écriture lui ont donné l'envie de s'investir à fond dans l'aventure MOTTO !

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