dans , ,

Du motocross freestyle jusqu’au Cirque du Soleil : l’incroyable histoire de Sylvan Masson

Un parcours atypique (et plein de péripéties) de la Bretagne à Las Vegas

© AFPHOTO / Anthony Favennec

Sylvan Masson possède une particularité : il fait partie des rares pilotes professionnels à pratiquer le motocross freestyle… en moto électrique. C’est bien simple, ils ne sont que trois dans le monde.

Sachant s’envoyer en l’air au guidon de sa moto thermique et de sa machine électrique, Sylvan Masson est un showman qui possède un sacré parcours dans le motocross freestyle, un sport extrême qui l’a emmené de sa Bretagne natale jusqu’au Cirque du Soleil à Las Vegas, avant de le ramener en France à marche forcée. On vous raconte cette incroyable histoire dans un article en long format.

Sommaire

Une enfance sur les terrains mais aussi devant la télé
Les débuts en freestyle
Première aventure en Israël
Biélorussie, Ukraine puis gros cap sur l’Allemagne

Le ticket d’or : le contrat avec le Cirque du Soleil
Et puis…
Découverte de la moto électrique
R.U.N, spectacle atypique
Fin du rêve
Retour (ou presque) à la case départ
Nouveau souffle : la chaîne Youtube

Portrait de Sylvan Masson – © Bruno Detante

Une enfance sur les terrains mais aussi devant la télé

Sylvan a aujourd’hui 29 ans et son amour pour la moto remonte à l’enfance. À l’âge de 8 ans, alors qu’il se balade avec son père, il débarque au bord du terrain de cross du meilleur ami d’enfance de son père. C’est la première fois qu’il voit du motocross. Il attrape le virus tout de suite. À son anniversaire suivant, son père lui fait une belle surprise et lui offre une machine de cross. C’est comme ça que Sylvan met le pied à l’étrier. Les parents du jeune garçon vivent à la campagne en Bretagne, à Ploujean, près de Morlaix. Il y a de l’espace autour de la maison et le père de Sylvan construit un petit terrain de motocross pour que son fils puisse s’entraîner. Quand il n’a pas l’occasion de rouler sur de véritables terrains, le petit Sylvan s’entraîne directement à la maison ! Après les entraînements, il participe à ses premières compétitions, et tout s’enchaîne.

Les débuts en motocross !

En parallèle de son apprentissage du motocross sur les terrains, environ un an après avoir démarré la moto, Sylvan découvre une autre discipline, cette fois-ci sur l’écran de télévision, à travers des cassettes puis des DVD : le motocross freestyle. C’est en cette période de la fin des années 1990 et du début des années 2000 que le motocross freestyle, ou freestyle motocross en anglais, ou encore « FMX », se développe aux États-Unis, puis explose et arrive en Europe. Sylvan grandit en voyant cette discipline grandir avec lui, et elle l’obsède. Quand il est au guidon de sa motocross, ce n’est pas de faire des tours de circuit qui l’intéresse, c’est de faire des sauts, et les plus gros sauts possibles.

Quand je roulais en cross, les virages m’amusaient mais je pensais surtout à la prochaine bosse qui allait arriver car c’est là que je prenais vraiment mon pied.

Les aventures en compétition de motocross durent pendant quasiment 10 ans pour Sylvan, jusqu’au jour où se pose la question du changement de catégorie. Passer sur une machine 125cc demanderait un budget trop conséquent : Sylvan arrête la compétition et la moto.


Les débuts en freestyle

La moto thermique actuelle de Sylvan Masson pour le freestyle : le pilote a démarré la discipline avec des machines bien différentes ! – © AFPHOTO / Anthony Favennec

Même s’il a mis le motocross de côté, Sylvan est toujours animé par la même idée : il veut sauter à moto. Il profite donc de son terrain de cross à domicile pour commencer à faire des sauts en vélo. Il construit également un bac à mousse pour s’entraîner à faire des figures en sautant dans le bac avec son vélo.

Pendant ce temps, le destin lui offre une opportunité : Sylvan a des amis qui font du stunt et qui lui proposent de participer avec eux à un spectacle dans un village, en faisant un show de freestyle à leurs côtés. Sylvan leur répond qu’il aimerait faire du freestyle mais qu’il n’en fait pas encore et qu’il n’a pas de moto de toute façon. Problème (ou solution) : les amis avaient déjà dit à l’organisateur de l’événement que Sylvan serait de la partie. Ils insistent et prêtent une mini-moto (aussi appelée pit bike) à Sylvan afin qu’il puisse s’entraîner et faire le show avec la machine. Détail important : le temps est compté !

Je me suis entraîné dans mon bac à mousse pendant seulement deux jours avec la mini-moto. J’ai appris quelques figures, dont le backflip, et je suis allé sur mon premier show comme ça. C’était n’importe quoi !

La vie continue, mais pas comme un long fleuve tranquille. Alors qu’il étudie à l’université, Sylvan ne se sent pas à sa place et ne pense qu’au motocross freestyle. Il veut se lancer dans cette voie mais fait face à un problème d’argent : il n’a pas les moyens de s’acheter une cross 250cc pour faire du freestyle. À cette époque, un pilote français se distingue par sa manière de pratiquer : il s’agit de Julien Dupont, qui fait du freestyle avec une moto de trial. Sachant qu’une moto de trial d’occasion ne revient pas très cher, Sylvan récupère l’idée. Un de ses amis lui propose d’acheter une moto ensemble et de commencer à pratiquer tous les deux. Les amis s’exécutent et font l’acquisition d’une moto de trial d’occasion : 2000 € plus tard, le tour est joué et les deux compères commencent à s’entraîner. En parallèle de son achat, Sylvan décide de se créer le terrain de jeu adéquat.

Il n’y a pas d’infrastructures publiques en freestyle : si tu veux faire du freestyle, il faut que tu aies ton matériel. J’ai donc rasé mon terrain de motocross. On a mis toutes les bosses ensemble… et ça a fait une grosse réception. J’ai acheté une rampe, et ça a démarré comme ça !

Avec ce nouvel espace dédié au freestyle, Sylvan effectue son premier saut en rampe. Il est alors âgé de 20 ans. En deux à trois mois, il réussit à maîtriser plusieurs figures avec la moto de trial, dont le backflip. Et c’est là que tout commence vraiment au niveau professionnel…


Première aventure en Israël

Vivre pour rouler, comme le dit le tatouage. – © AFPHOTO / Anthony Favennec

En se baladant sur Facebook, Sylvan voit qu’un de ses amis a partagé une annonce : « Cherche pilote pour contrat à l’étranger, avec ou sans backflip. » Il est interpelé et se renseigne. Son ami lui explique que l’annonce provient d’une personne qui recherche des pilotes pour un contrat dans un cirque en Israël, mais que c’est pour faire des sauts sur des mini-motos, et que les sauts de Sylvan sur une moto de trial seraient trop gros. Sylvan explique à son ami qu’on peut faire des petits sauts même avec une moto de trial, lequel lui répond : « Envoie-moi quelques photos, je vais contacter mon pote, on verra ce qu’il en pense. » Dès le lendemain, Sylvan reçoit un appel de la fameuse personne qui cherche des pilotes et il entend la phrase qui lui met le sourire aux lèvres : « OK, tu es pris. »

C’est comme ça que Sylvan décroche son premier contrat : à travers le spectacle qu’il intègre, il devient le premier pilote à faire un backflip en Israël. Ce n’était pas vraiment du motocross freestyle puisque c’était avec une moto de trial, mais c’était tout de même du freestyle. A travers cette expérience, en plus de démarrer dans le monde du freestyle, Sylvan fait ses premiers pas dans le monde du cirque, et développe ses premiers contacts. L’expérience dure 6 mois et se révèle très positive.

Partir à 20 ans, tout seul, avec une moto de trial pour faire du freestyle alors que j’avais commencé la discipline même pas un an auparavant, et que je parlais tout juste anglais, c’était une expérience de fou.

Grâce à ce qu’il a gagné en Israël, il s’achète sa première moto de cross dédiée au freestyle. Ça y est, Sylvan va désormais pouvoir lâcher la moto de trial et démarrer le FMX avec une véritable moto pour la discipline.


Biélorussie, Ukraine puis gros cap sur l’Allemagne

Avec les contacts développés dans le milieu du cirque en Israël, Sylvan se fait appeler et on lui propose de nouvelles aventures, cette fois-ci en motocross freestyle avec sa machine de cross : il part ainsi travailler dans le monde du cirque pendant quatre mois en Biélorussie, puis quatre mois en Ukraine.

Le ciel, l’environnement dans lequel Sylvan Masson est le plus à l’aise. – © Bruno Detante

Deux mois après son retour en France, les choses s’enchaînent : Sylvan reçoit un nouveau coup de fil qui l’amène à partir dans un nouveau pays, cette fois-ci pour bien plus longtemps.

Flic Flac, le plus gros cirque d’Allemagne, m’a appelé en me demandant si je pouvais les rejoindre 5 jours plus tard. Je suis parti et je suis resté 3 ans.

Sylvan se retrouve à développer son expérience de pilote de motocross freestyle dans une aventure intense : le cirque itinérant traverse toute l’Allemagne, à raison de trois semaines à deux mois dans chaque ville, en fonction de la taille de la ville. Sylvan passe toute l’année avec sa troupe et n’est de retour en France que l’été. Chaque année, Flic Flac fait en effet deux mois de pause estivale et le pilote en profite pour rentrer chez ses parents en Bretagne. C’est justement lors d’un été que le vent tourne dans le parcours de Sylvan.


Le ticket d’or : le contrat avec le Cirque du Soleil

Alors qu’il est en vacances dans sa campagne bretonne pendant l’été 2018, Sylvan apprend, à travers une amie artiste, que le Cirque du Soleil recherche un freestyler. Il se lance et décide de contacter le cirque.

Je me suis dit qu’il n’y a pas plus haut dans le monde du cirque. Tout artiste de ce milieu veut travailler un jour avec le Cirque du Soleil.

La demande est spécifique. Le Cirque du Soleil veut créer un nouveau spectacle à Las Vegas intitulé R.U.N et affichant un style inédit. Le cirque compte notamment utiliser des motos pour la première fois, avec trois disciplines en même temps : du freestyle, du trial et du stunt. Le show nécessite un pilote qui soit capable de pratiquer du freestyle dans le monde du cirque et qui accepte également de le faire sur une moto électrique !

Affiche du spectacle R.U.N par le Cirque du Soleil

Après avoir vu le CV de Sylvan puis échangé avec lui par e-mail et par téléphone, les recruteurs indiquent au pilote qu’ils veulent le signer le plus vite possible, sans même l’avoir rencontré ! Les négociations se jouent en moins d’un mois et le contrat est signé en août 2018. Sylvan se retrouve réservé par le Cirque du Soleil environ un an avant de poser le pied à Las Vegas pour la première fois et un an et deux mois avant le premier spectacle.  

C’était incroyable. Au début, je ne comprenais pas. Je me demandais pourquoi ils embauchaient le petit gars du fin fond de la Bretagne pour un show à Las Vegas.

En réalité, j’avais le niveau qu’ils recherchaient en freestyle et j’avais l’expérience qu’ils voulaient en cirque, avec plus de 1500 shows à mon actif.


Et puis…

Sylvan Masson en entraînement chez lui – © AFPHOTO / Anthony Favennec

Dans la foulée de la signature du contrat avec le Cirque du Soleil, Sylvan termine sa pause estivale en France et retourne en Allemagne pour démarrer la nouvelle saison avec la troupe du cirque Flic Flac. Malheureusement, les choses tournent mal tout de suite. Au premier saut de son premier entraînement, sur un saut qu’il maîtrise et qu’il a pourtant effectué des centaines de fois, Sylvan atterrit un peu trop court et chute lourdement.

Je me suis pulvérisé la jambe. Il y a 26 os dans le pied : j’en ai cassé 25. Je me suis aussi brisé le tibia et le péroné. Sur cette chute, je me suis également cassé l’épaule et arraché les ligaments de l’épaule, fracturé trois côtes, et j’ai subi des hémorragies de l’intestin, de la rate et de la vessie.

Suite à cet accident qui arrive seulement deux jours après la signature avec le Cirque du Soleil, la blessure à la jambe est très compliquée : Sylvan frôle l’amputation et 10 opérations sont nécessaires pour reconstruire la jambe. Au mois de septembre, les médecins expliquent au pilote qu’il ne pourra peut-être plus marcher et qu’il doit clairement oublier la moto car il ne pourra plus jamais en refaire.

Sylvan est dans l’impasse car il a récemment signé un contrat pour un boulot de rêve et il est attendu huit mois plus tard à Montréal : il doit se rendre en mai 2019 au siège social du Cirque du Soleil. Le pilote fait alors preuve d’une détermination folle pour guérir et décide de passer son accident sous silence.

Je n’ai pas écouté les médecins et je ne me suis pas donné d’autre choix que de réussir. J’ai dû réapprendre à marcher.

J’ai également joué un coup de poker : j’ai caché ma blessure à l’équipe du Cirque du Soleil pendant toute la phase de préparation. Ils ne l’ont appris que plusieurs mois plus tard, lorsqu’ils ont vu la grosse cicatrice pendant la visite médicale.


Découverte de la moto électrique

Au prix de gros efforts sur le plan physique et mental, Sylvan réussit sa convalescence et sa rééducation. En février 2019, le Cirque du Soleil lui envoie la moto électrique chez lui en Bretagne, afin qu’il puisse commencer sa préparation à domicile.

Jump de Sylvan Masson au guidon de sa moto électrique

Le spectacle prévu à Las Vegas ayant lieu à l’intérieur de l’hôtel-casino Luxor, Sylvan doit intégrer une contrainte : il n’aura qu’une longueur de 40 mètres pour s’exprimer, alors qu’un freestyler utilise généralement 80 à 100 mètres pour travailler en comptant l’accélération, le saut et la réception. Par ailleurs, une visite de représentants du Cirque du Soleil est prévue chez Sylvan en avril afin de voir l’avancement. Bref, le compte à rebours est lancé.

En seulement deux mois, Sylvan doit imaginer et créer un système qui donne assez de temps en l’air pour faire des figures dans un espace restreint. Avec l’aide de son père, il fabrique la bonne rampe, la bonne réception, en ajustant le tout à chaque fois avec des tests, et également en réglant les suspensions de la moto pour s’adapter aux sauts qui envoient plus fort.

Sylvan découvre la moto électrique en même temps. Celle-ci n’a pas d’embrayage, pas de boîte de vitesse (et donc une seule longue plage d’utilisation), un poids plus important et une inertie différente une fois dans les airs. Faire du freestyle en moto thermique ou en moto électrique, c’est vraiment deux disciplines différentes et Sylvan doit tout réapprendre. C’est comme rouler sur le même circuit avec une machine de MotoGP ou de MotoE : ça n’a rien à voir.

Sur la moto électrique, les risques d’erreurs sont beaucoup plus importants. Que ce soit pour la gestion des gaz ou du régime moteur par exemple, il faut mettre les sens encore plus en éveil.

Pour le freestyle, la moto électrique, c’est un calvaire, franchement !  

Chaque semaine, Sylvan doit envoyer une vidéo à l’équipe du Cirque du Soleil en expliquant la progression de son entraînement, les réglages sur la moto et les modifications du terrain d’entraînement. A l’issue de leur visite en Bretagne en avril, les représentants du cirque repartent enchantés et expliquent à Sylvan que le projet prend vraiment vie.


R.U.N, spectacle atypique

Sylvan Masson et sa moto électrique – © AFPHOTO / Anthony Favennec

C’est ensuite l’heure du grand départ. Après ces préparatifs intenses en France, Sylvan s’envole vers l’Amérique du Nord et l’aventure démarre véritablement. Il se rend au siège social du Cirque du Soleil à Montréal en mai, puis débarque à Las Vegas en juillet. Toute la troupe recrutée pour ce nouveau spectacle se lance dans plusieurs mois de travail pour préparer le show.

Le 24 octobre 2019, l’hôtel-casino Luxor accueille la première représentation de R.U.N et le public découvre un style totalement différent ce qui est habituellement produit par le cirque à la renommée internationale. Avec R.U.N, les acrobaties ont été remplacées par des cascades de type cinéma et le côté « classe » par un côté « trash » assumé.

Le Cirque du Soleil a voulu proposer quelque chose de différent en incluant de la moto, de la bagarre et des artifices notamment. Il y avait même une partie où un gars se faisait torturer, c’était donc un show plutôt hardcore !

C’était vraiment un nouveau style pour le Cirque du Soleil et ils misaient là-dessus. 

Sylvan dans les airs pendant le spectacle R.U.N !

En plus de performer sur scène avec ses cascades à moto électrique, Sylvan est plongé dans une aventure artistique inédite. Avec R.U.N, le Cirque du Soleil expérimente en effet le concept du live action thriller : le spectacle a été construit et se vit comme un film en direct, à un rythme effréné pendant 75 minutes. Le rythme de travail est également intense, avec une représentation tous les soirs de la semaine du mercredi au vendredi et deux shows par jour pendant le week-end.

Oh, un pilote volant dans le Luxor ! 😉

Fin du rêve

Tout se passe bien pour la troupe pendant plusieurs mois. Après les représentations, l’équipe se réunissait parfois pour faire un debrief. Mais le 1er mars 2020, quand les artistes sont appelés à s’installer dans les gradins pour cette réunion, ils voient trois personnes en costume devant eux sur scène au lieu de leurs directeurs artistiques. Échanges de regards et incompréhension parmi les membres de la troupe.

Les trois personnes en question sont les directeurs du Luxor, du groupe MGM et du Cirque du Soleil, et font une annonce dévastatrice : en raison de la crise sanitaire mondiale, les spectacles vont devoir fermer leurs portes dans quelques jours et R.U.N va faire sa dernière représentation dans une semaine. Les directeurs expliquent qu’ils mettent un terme définitif au spectacle et que l’intégralité de la troupe est licenciée. Dernier coup de massue : étant donné que leur contrat de travail s’arrête une semaine plus tard, les artistes apprennent que leur visa de travail arrive à échéance quatre semaines après la fin de contrat et qu’ils doivent avoir quitté le territoire américain à ce moment-là. Pour Sylvan comme pour les autres, le choc est brutal.

Nous étions partis pour minimum un an, reconductible pour cinq ans. Si le spectacle fonctionnait bien, on était là pour le long terme. Les autres shows du Cirque du Soleil à Las Vegas, ça fait entre 15 et 22 ans qu’ils existent. Installation, voiture, appartement : on s’était lancés pour une nouvelle vie.

Et finalement, ce soir-là, on a appris que tout s’arrêterait une semaine plus tard et qu’il nous restait cinq semaines aux États-Unis.

© AFPHOTO / Anthony Favennec

Les directeurs expliquent aux artistes pourquoi ils ont pris la décision de tout arrêter plutôt que de garder la troupe en attente en vue d’une reprise plus tard : le spectacle avait démarré seulement quelques mois auparavant, sa notoriété n’était pas encore faite, et ils ne savaient pas combien de temps la pause allait durer.

Le Cirque du Soleil a dépensé 70 millions de dollars pour développer R.U.N. Ils ont mis cinq ans à créer le spectacle sur le papier. Finalement, on a tenu quatre mois et demi sur scène.

La dernière représentation de R.U.N a lieu le 8 mars 2020, une date que Sylvan n’oubliera jamais. Même si réaliser des performances devient presque de l’automatisme dans le monde du spectacle, ce dernier show a été parfait. Pendant 75 minutes, pas une seule erreur de la part de Sylvan et des autres membres de la troupe. Tous les artistes voulaient tellement profiter jusqu’au bout qu’ils y ont mis tout leur cœur jusqu’à la dernière seconde. Au-delà de la réussite sur le plan technique, ce moment restera surtout gravé par l’émotion soulevée.

Une fois le dernier spectacle terminé, nous étions tous en pleurs. C’était la fin de quelque chose de grand et puissant. Depuis mai 2019 à Montréal jusqu’à mars 2020 à Las Vegas, nous avons vécu tous ensemble.

On était une troupe de 41 artistes. On a créé ce show ensemble, on a grandi ensemble. Il y a eu des victoires, des blessures, des imprévus : on a tout traversé ensemble. On était une énorme famille : on était des artistes du monde entier qui avions tout quitté pour ce choix et cette aventure.

Là, on réalisait que tout était fini, qu’il fallait se dire au revoir. C’était très dur, plein d’émotions, et tellement difficile à croire. 


Retour (ou presque) à la case départ

Quelques sauts avec la moto électrique dans le désert du Nevada avant de rentrer en France…

Tentant d’assimiler le choc et redoutant le retour en France, Sylvan fait une extension de visa pour rester trois mois de plus aux États-Unis. Cela lui permet de préparer son départ dans de meilleures conditions et également de voyager pour faire un peu de moto dans des spots sympa et se changer les idées. Il rentre finalement en France au mois de juin, le cœur serré.

Je me suis pris une grosse claque. Quasiment un an jour pour jour après mon départ, je me retrouve au même endroit. Je suis retourné chez mes parents, j’ai perdu mon boulot de rêve au Cirque du Soleil à Las Vegas : c’est comme si cette année-là n’avait pas existé.

Sachant que le motocross freestyle n’est pas reconnu par la FFM, Sylvan n’est pas considéré comme sportif professionnel. Lors de ce retour en France, cette réalité lui revient de plein fouet.

Avec le secteur de l’événementiel à l’arrêt, je me retrouve sans travail. Je me suis alors adressé à Pôle Emploi : on m’a expliqué que ce que j’ai gagné dans mon métier de freestyler ne peut pas être considéré comme des revenus mais simplement comme de l’expérience.

Je pratique un sport extrême, je suis le premier pilote français à représenter ma discipline au Cirque du Soleil, mais je ne suis pas reconnu pour mon métier. Dans un moment difficile comme celui-ci, c’est une nouvelle saveur amère.


Nouveau souffle : la chaîne Youtube

© AFPHOTO / Anthony Favennec

Pour mieux vivre ce retour forcé en France et prendre le contre-pied de la morosité, Sylvan décide alors de placer son énergie et sa motivation dans un nouveau projet : une chaîne Youtube ! Il postait déjà quelques vidéos auparavant sur Facebook et Youtube mais n’avait pas de véritable chaîne structurée, comme cela se fait maintenant parmi les youtubers.

Une nouvelle aventure pour 2020 : la vidéo de présentation de la chaîne !

Vu sa discipline atypique et son parcours riche, il est clair que Sylvan a beaucoup à raconter. Ce sont deux amis qui l’ont poussé dans cette direction de Youtube et qui travaillent aujourd’hui avec lui sur les vidéos : le journaliste-réalisateur-photographe Bruno Detante et le photographe-réalisateur Anthony Favennec.

Cette chaîne Youtube peut participer à faire connaître ce sport extrême qui est peu connu, et lui donner une meilleure image. Pour moi qui suis un peu timide, s’exprimer devant la caméra n’est pas facile mais j’y prends goût petit à petit, et ça me fait très plaisir de partager ma discipline du motocross freestyle et mes expériences.

Bonne nouvelle : quand il faisait partie du Cirque du Soleil à Las Vegas, Sylvan travaillait avec trois motos électriques, trois modèles identiques de la marque Alta Motors, et il a réussi à ramener une machine en France. Sur sa chaîne, vous pouvez donc retrouver Sylvan à la fois en moto thermique et en moto électrique.

Moto thermique (à gauche) ou électrique (à droite) ? Les deux ! – © AFPHOTO / Anthony Favennec

À mon retour en France à l’été 2020, ce n’était pas évident de me réhabituer à la moto thermique car ça faisait presque deux ans que je roulais uniquement en moto électrique ! Je suis en train de retrouver mes automatismes.

Et concernant la moto électrique, il a fallu s’habituer à l’utiliser sur mon terrain : j’ai dû apprendre à sauter le grand saut de 23 m que j’ai ici à la maison et que j’ai fabriqué fin septembre. Par manque de place, le saut qu’on avait à Las Vegas faisait 12 m !

C’est vraiment un atout d’avoir ces deux motos, et de savoir faire des sauts avec les deux machines.

Depuis septembre dernier, Sylvan publie une nouvelle vidéo tous les mercredis. Les sujets sont variés, ainsi que les formats. Sur la chaîne, vous retrouverez notamment des images d’action, des explications techniques, du partage de ressenti et de grosses doses d’humour. Bref, allez découvrir tout ça, vous ne serez pas déçus : plaisir garanti !

✌️


3 raisons de suivre les aventures de Sylvan Masson sur Youtube

Si vous avez aimé cette histoire, vous savez sur quelle plateforme vous rendre pour continuer à découvrir l’univers de Sylvan Masson. Le freestyler possède sa chaîne Youtube, mais il est également présent sur différents réseaux sociaux : Instagram, Facebook, TikTok et Snapchat (« sylvanfmx »). Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore convaincu(e)s, voici 3 raisons de découvrir son travail.

1️⃣ Un profil très rare

Il existe très peu de freestylers, et encore moins en électrique ! Les professionnels se divisent en deux catégories : ceux qui font de la compétition (comme Tom Pagès), et ceux qui font du spectacle. Sylvan fait partie de la deuxième catégorie. Vous voulez une info folle (déjà partagée en introduction de ce long article ) ? À l’échelle mondiale, il n’existe que trois pilotes qui font du motocross freestyle en moto électrique ! En plus de Sylvan Masson, les deux autres sont le Suisse Mat Rebeaud et l’Allemand Ronny Showman. À la fois dans sa vie de pilote pro et sur Youtube, Sylvan Masson représente donc une niche. En plus, le gars pratique aujourd’hui le freestyle à la fois en moto thermique et moto électrique. Rien que pour ça, respect !

Pour plus d’infos sur la moto électrique de Sylvan Masson, c’est par ici !

2️⃣ De la qualité

Avec ses amis Bruno Detante et Anthony Favennec à la réalisation, Sylvan propose des vidéos avec une belle qualité, à la fois dans l’image et le son. C’était l’une des conditions de Sylvan pour lancer une Youtube : si on le fait, on le fait bien !

3️⃣ Des futures vidéos très intéressantes  

La chaîne est encore en plein développement et du contenu très intéressant devrait voir le jour dans un futur plus ou moins proche.

Les blessures : qui dit sport extrême dit forcément blessures. En plus de son grave accident à la jambe, Sylvan a subi de nombreuses blessures au cours de sa carrière. Il a par exemple passé huit jours dans le coma et n’est pas passé loin de la mort les premiers jours. Le pilote prévoit une vidéo où il montrera les différents types d’impacts que peuvent avoir les blessures et que le public ne voit pas toujours : sur l’entraînement et la préparation physique bien sûr, mais également sur le plan mental, ou encore familial et relationnel.

Les images inédites autour des événements : pendant le confinement du printemps 2020, le pilote Mat Rebeaud a organisé le premier drive-in show, un spectacle de motocross freestyle auquel les gens viennent en voiture et assistent en restant dans leur véhicule. Ce spectacle a mêlé moto thermique et moto électrique mais des shows 100% électriques sont en cours de préparation pour cette année 2021 et devraient comprendre les trois freestylers en moto électrique : Mat Rebeaud, Ronny Showman et Sylvan Masson. Les événements auront lieu en Suisse et Sylvan compte les partager en vidéo pour emmener le public de sa chaîne avec lui dans l’expérience. Les vidéos permettront de montrer à la fois le côté spectacle, mais également l’envers du décor et la préparation.

On marque des points ?

Laisser un commentaire

Nicolas Bassand

Rédigé par Nicolas Bassand

Plus de 15 ans à moto sur la route et (bien) plus de 15 tours en tête... à tête avec sa R1 sur circuit. A part ça, Nicolas s'occupe des réseaux sociaux du magazine Sport-Bikes depuis 2018. Ses passions inaltérables pour la moto et l'écriture lui ont donné l'envie de s'investir à fond dans l'aventure MOTTO !

La newsletter motto

Belle surprise du HRC à Pol Espargaro…

Une saison en 300 pages : le livre du Team Suzuki Ecstar pour ses fans