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Un dernier pour la route

Castellet, 23 mai 1999. Je vais bientôt avoir 13 ans et mon père vient de m’offrir le plus beau des cadeaux : le Grand Prix de France sur le mythique Circuit Paul Ricard !

Nous, c’est le jeudi soir qu’on arrive et en Peugeot J5. Cela nous permettra d’être surclassé par rapport à tous les campeurs en tente et surtout de pouvoir convoyer tous les bagages des motards du Moto Club toulousain, dont mon père fait partie. Bizarrement, les amis motards se retrouvent assez chargés quand il y a un fourgon à disposition !

Vendredi matin : premiers essais libres. L’excitation est à son comble : je vais enfin voir en vrai tous ces héros qui me font rêver derrière la télé et qui tapissent les murs de ma chambre. Je cours, je monte la petite butte, me colle au grillage et là, j’aperçois Kenny Roberts Jr qui sort d’un droite et accélère. Quelle émotion ! Encore aujourd’hui, j’en ai des frissons.

Kenny Roberts Jr / © MotoGP

Pour un passionné, qui plus est un enfant, ce Grand Prix c’est un peu comme Disneyland le jour, mélangé à un freak show le soir ! La journée, j’arpente le circuit et le village dans tous les sens, je bave devant les produits dérivés, j’aperçois de loin quelques visages connus : Olivier Jacque qui vient de se blesser et donnant une interview en étant accompagné par Hervé Poncharal, Valentino Rossi tout jeune qui passe en scooter avec un sourire plein de malice pour rentrer au paddock, trop bien ! La nuit, j’observe presque scientifiquement les apéros interminables qui conduisent à… comment dire ? Les moteurs de tronçonneuses à fond, un 748 jaune au rupteur qui verra son propriétaire pleurer quelques heures après (RIP belle Ducati), ou un mec cherchant un pneu arrière au petit matin après avoir burné toute la nuit : sur un Grand Prix, il y a vraiment le jour et la nuit !

Le dimanche, jour des courses, on s’installe dans l’herbe. Nous sommes au milieu de l’enchaînement double droite-chicane qui suit la ligne droite du Mistral et nous avons une vue sur l’écran géant. Les paris commencent et il fait beau : on est bien.

En 125cc, si Roberto Locatelli s’impose (ce qui ne m’avait pas marqué), c’est Arnaud Vincent qui fait second : ça, par contre, on s’en souvient. En 250cc, je me souviens de Valentino qui abandonne après avoir cassé sa chaîne, mince ! C’est finalement Tohru Ukawa qui s’imposera. Arrivent maintenant les 500cc. Ça fait combien de temps que j’attends ça moi ? Euh… environ toute ma jeune vie je crois ! Max Biaggi, parti depuis la pôle, finit par chuter. Kenny Roberts Jr s’installe en tête puis Alex Crivillé fait une remontée de folie sur Roberts Jr, qui tombera lui aussi. J’avais dit Crivillé vainqueur, j’ai gagné mon pari. Bon ce n’était pas trop difficile, il avait de très bonnes stats au Castellet et vu que j’épluchais rigoureusement tous les palmarès des pilotes dans les deux hebdomadaires du jeudi, j’étais au courant moi !

Le dimanche soir, le circuit se vide. On arrive à entrer dans le paddock sans difficulté et voir les machines tout juste rentrées dans les camions. On passe tout proche du camion rouge Yamaha et on voit cette magnifique YZR 500 de « l‘empereur » Biaggi, montée sur le hayon de la semi-remorque. En récompense d’un weekend de camping dont l’hygiène fut relative, on arrive même à se faufiler pour aller prendre une douche bien méritée dans les sanitaires immaculés du paddock !

Le lundi matin, c’est le départ. J’ai des paillettes plein les yeux, je suis heureux. Mon seul et unique regret sera de ne pas avoir pu voir mon idole : Mick Doohan vient de se blesser à Jerez. On ne le sait pas encore à ce moment-là, mais sa carrière est terminée. Il laissera sa place sur le trône à Alex Crivillé et son équipe à Valentino Rossi pour la saison suivante. Je n’aurais donc jamais pu voir en vrai celui qui m’a fait rêver depuis l’ère de sa Honda bleue et blanche frappée du numéro 3. Ce n’est pas grave, les légendes ne sont peut-être pas faites pour être rencontrées et je repars avec mon maillot orange avec le nom « Doohan » dans le dos. Je suis fier et l’arborerai dorénavant dans la cour du collège !

Ces quelques souvenirs resteront gravés dans ce qu’il me reste d’enfant passionné et rêveur. C’était le dernier Grand Prix de France au Castellet. C’était mon Grand Prix de France. Merci papa. 

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Rédigé par Greg Imperial

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